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S'engager dans l'associatif

     
La double vie des salariés bénévoles

Une centaine de bénévoles viennent chaque année aider la Banque alimentaire à collecterdes denrées. Crédits photo : MICHEL GANGNE/AFP De plus en plus de cadres surchargés s’engagent ponctuellement dans le monde associatif.

Alors que la Journée des associations s’ouvre sur fond de difficultés financières croissantes, une nouvelle forme de bénévolat émerge. Le bénévolat de « compétence » ou « d’expertise », qui séduit de plus en plus de cadres. Le principe est simple : mettre ses compétences au service d’un projet précis et généralement limité dans le temps proposé par une association. Soucieux de mettre un peu d’altruisme dans des vies professionnelles et familiales souvent très remplies, peu satisfaits à l’idée de faire un chèque et parfois échaudés par des scandales autour de la gestion des dons, de plus en plus de salariés souhaitent donner de leur temps. Dans une volonté d’efficacité et un cadre limité.

Un rapport publié avant l’été par France Bénévolat note l’intérêt de cette forme de bénévolat, même si « cette forme d’engagement n’est pas encore très répandue, à la fois dans la mesure où les responsables d’association n’en ont pas véritablement la culture et n’ont pas encore mesuré leur intérêt et aussi parce que les acteurs principaux ignorent généralement leur existence ». Certes, de nombreux financiers en entreprise ont été un jour sollicités par une association pour tenir les comptes quelques heures par mois. Mais aujourd’hui, le phénomène se structure.

Souvent mariés avec enfants.

Créé en 2002, le réseau Passerelles et compétences met en relation des bénévoles et des associations. Selon une étude réalisée en mars dernier, sur les 2300 bénévoles inscrits - ils devraient être 3000 à la fin de l’année -, plus des deux tiers sont cadres. Plus de 80% ont entre 25 et 45 ans et la moitié sont mariés avec enfants. Et preuve qu’on peut concilier engagement associatif avec vie familiale : 66% d’entre eux sont parents de trois enfants et plus ! C’est à la suite d’une mission qu’il a réalisée bénévolement pour un ami revu par hasard dans le métro que Patrick Bertrand, chasseur de têtes après une expérience humanitaire au Cambodge, a créé ce réseau. D’autant qu’il s’est rendu compte que le service qu’il a rendu aurait pu être facturé 13.000 euros ! « Cela a été un déclic ! », se souvient-il. Il en parle autour de lui et crée dans la foulée un réseau qu’il appelle Passerelles et compétences.

Le principe : des bénévoles s’inscrivent en décrivant leurs compétences, tandis que des relais - bénévoles aussi - rencontrent des associations à la recherche de bonnes volontés pour des projets précis et limités dans le temps. Coût pour les associations, de 50 à 600 euros en fonction de leur taille. « Les missions, consultables sur le site, sont souvent des missions d’appui, compatibles avec des horaires de bureau », explique Patrick Bertrand. Cela va de la rédaction d’un contrat de travail pour un cadre en ressources humaines à l’élaboration d’une stratégie de communication, voire une aide à la gestion immobilière.

Directeur financier d’une entreprise de communication à Paris, Yvonnick Baudoin, la trentaine, mène depuis juin une mission de renégociations bancaires pour une association de lutte contre l’illettrisme. « J’avais un pied dans l’associatif via les Restos du cœur avant de commencer à travailler, explique-t-il. Mais avec des enfants et des horaires de bureau lourds, c’est moins facile ! » Pour renouer avec un engagement, il s’est rendu en début d’année au Forum des associations, où il rencontre Passerelles et compétences. Il accepte la première mission et se libère deux à trois heures par semaine pour aller conseiller l’association. Formateur et consultant à Nantes, Arnaud du Plessix, 57 ans, depuis longtemps engagé dans le secteur associatif, réalise actuellement une mission de réorganisation pour une association d’insertion professionnelle. Valentine Chapus-Gilbert a créé sa société de conseil en ressources humaines et a reçu une offre de mission bénévole par l’intermédiaire d’une amie. Depuis, elle enchaîne les missions dès qu’elle arrive à dégager du temps dans son activité professionnelle .

Une constante augmentation

Depuis sa création, Passerelles et compétences a mené 832 missions. Cette année, elle affiche une hausse de 30% du nombre de ses missions et des bénévoles inscrits. Pour chaque nouvelle mission, 4 bénévoles s’inscrivent. Passerelles et compétences a même suscité de nouvelles vocations, avec la création d’un réseau appellé La Nouvelle PME, qui fédère des bénévoles pour aider les entrepreneurs des zones urbaines sensibles à développer leur entreprise. Autre vivier pour les associations, le mécénat de compétence. Les entreprises mettent des salariés à la disposition d’associations et peuvent même défiscaliser une partie du coût. Créé en juillet 2009, Koeo agit comme intermédiaire.

Selon une enquête de juin 2010, 55% des associations ne connaissent pas ce type de nouveau bénévolat. Un tiers n’en voit pas l’intérêt. Et préfère des bénévoles qui partagent leur projet sur le long terme.


Par Aude Seres 26/10/2010 
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